L’otium ou la vie de l’otium

Manuscrit du XIVe siècle (Londres)

L’otium, littéralement l’oisiveté, renvoie à une notion fondamentale de l’humanisme classique parce qu’est désignée par ce mot une condition nécessaire de la vie de l’esprit. Le loisir studieux s’oppose au negotium – cet affairement qui caractérise notre existence lorsqu’elle est prise dans les filets de la recherche du gain, du profit et de l’utile. L’otium est ce temps libre non soumis aux nécessités de la vie, temps disponible pour se consacrer à l’étude, à la réflexion, à la méditation. Or, ce temps de la libre disposition de soi requiert avant tout calme, tranquillité, repos. Ce temps libre libère l’âme dans l’exacte mesure où il devient celui de la vie de l’esprit menée pour elle-même et non pas en vue d’une autre fin du genre : avoir de la considération, exercer de l’influence ou jouir de privilèges… Pour rendre les connotations du mot de otium, nous trouvons chez les bons auteurs des locutions expressives comme « loisir lettré » ou « tranquillité studieuse ». Continuer la lecture

Publié dans les idées, les livres | Marqué avec , , | Commentaires fermés

La conjonction des planètes

(Image provenant de l’application Star Walk)

Image publiée originellement pour sa seule beauté. Sur la question des scénarios de fin du monde, il vaut la peine de se reporter à l’article suivant et de regarder la vidéo d’un scientifique de la Nasa : cliquez ici.

Publié dans non classé | Commentaires fermés

À celle qui m’a appris à lire

Hélène Thibaux, ma collègue au cégep de Trois-Rivières, vient de nous quitter. Y a-t-il, pour cette intellectuelle de haut vol, hommage plus juste à lui rendre que d’entamer, à l’occasion d’une brève analyse de son ouvrage Introduction au roman (Éditions du renouveau pédagogique, 1973), un dialogue avec ce qu’elle a été pour tous ceux qu’ils l’ont connue : un grand esprit ? Mon seul désir : attirer l’attention sur ce livre qui se présente sous les apparences d’un manuel à l’usage des élèves, mais qui, en réalité, expose de manière très subtile quelques principes fondamentaux d’une herméneutique du roman. Continuer la lecture

Publié dans les livres | Marqué avec , , | Commentaires fermés

Images du fond de la mémoire

(Montréal, Signal Editions, Vehicule Press, 1997)

Du premier recueil du poète montréalais Carmine Starnino intitulé The New World, voici ma traduction du poème The True Story of My Father :

La véritable histoire de mon père

Certains jours, il m’arrivait de le surprendre
appuyé sur la table de la cuisine,
seul, perdu dans ses regrets, sa tête
blottie dans ses mains telle une partie

de sa vie devenue immobile
il y a longtemps. Une cigarette
se consumait lentement tout près de lui,
la fumée montait du cendrier comme un respir

retenu soufflé sur une flamme.
J’aimerais dire aussi : ma mère
s’approchait de lui, se penchait,
murmurait son prénom à son oreille ;

et lui sursautait, un peu étonné,
plongeait dans la pièce un regard éperdu,
elle l’avait ramené enfin
à sa propre vie ; il levait les yeux,

ma mère lui souriait, elle promenait
ses doigts effilés dans ses cheveux,
les laissait glisser dans leur lustre profond.
J’aimerais tellement raconter une belle

histoire d’amour. Mais, à vrai dire,
mon père n’était pas un homme heureux,
sa tête était lourde, et parfois
il la laissait choir dans ses mains.

Publié dans les arts | Marqué avec , | Commentaires fermés

Le cri inexprimable de l’esprit du philosophe

Dans les dernières années, j’ai eu le loisir et le bonheur de lire des ouvrages absolument essentiels écrits par des littéraires et qui m’ont fait comprendre que la langue d’un philosophe n’est rien moins qu’un instrument, mais bien plutôt l’élément de sa pensée. Voici quelquels titres :

  1. Albert Béguin, L’Âme romantique et le rêve (1939)
  2. Maurice Rat, Grammairiens et amateurs de beau langage (1963)
  3. Pascal Quignard, Michel Deguy (1975)
  4. John E. Jackson, La Poésie et son autre (1988)
  5. Jean-Michel Maulpoix, La Voix d’Orphée (1989)
  6. Michel Collot, La Poésie moderne et la structure d’horizon (1989)
  7. Jean-Claude Pinson, Habiter en poète (1995)
  8. Yves Bonnefoy, La Communauté des traducteurs (2000)
  9. Marc Fumaroli, Les Abeilles et les araignées (2001)
  10. François Rigolot, Poésie et Renaissance (2002)

Il me faut ajouter à cette liste, ne comprenant que des classiques, le sublime ouvrage de Christian Doumet, intitulé La Déraison poétique des philosophes (Stock, 2010). Cette longue et profonde méditation sur les rapports complexes qui tout à la fois unissent et distinguent poésie et philosophie me conforte dans l’idée qu’un penseur ne saurait se mouvoir dans l’élément de la pensée s’il ne fait pas travailler la langue dans laquelle il baigne. Ce travail signifie : produire du jeu, un écart, une différence différante entre le dire et sa signification ; faire éclater l’immédiateté du discours usé, usuel, platement utilitaire. Sans un tel travail, où se rejoignent sans se confondre poésie et philosophie, l’amateur des concepts risque de ne pas pouvoir dépasser « le degré zéro de l’écriture », ce degré d’une stérile négativité où toute oeuvre inchoative est toujours déjà en train de se désoeuvrer elle-même. Pour le dire en un mot et crûment : sans poésie, pas de philosophie ! Juste avant de mourir, Socrate, de même que Descartes, ont composé des vers… Fulgurance de Doumet : « à dédaigner la langue, sa matière et son épaisseur, on s’expose à une sorte d’impuissance » (p. 54). Continuer la lecture

Publié dans les livres | Marqué avec , , , | Commentaires fermés

Connais-toi toi-même

Bürgermeister-Ludwig-Reichert-Haus, Ludwigshafen am Rhein
Photographie d’Immanuel Giel (2006)

Le temps ayant fait son oeuvre et toute la différence, le moment est venu pour moi de présenter aux lecteurs de ce carnet un ouvrage dans lequel, traduite en oeuvre d’art, j’ai cherché à mieux comprendre mon expérience de l’existence.

Pour lire cet ouvrage en format Pdf, cliquez sur ce  lien

Publié dans les livres | Marqué avec | Commentaires fermés

Hypotheses non fingo

Parc national de la Mauricie (été 2010)

Mieux vaut avouer ses déficiences en botanique que d’avancer des hypothèses hasardeuses. De quelle espèce de fleur s’agit-il ? Une saponaire officinale, une chèvrefeuille Bella, une coronille bigarrée, un rhododendron rosé, ou que sais-je encore ? Mystère et boule de gomme ! Bien entendu, s’il y a des amateurs qui reconnaissent cette fleur, puissent-ils nous écrire un mot dans les commentaires.

Publié dans les fleurs | Commentaires fermés

Phalarope à bec étroit (Phalaropus lobatus)

Baie-du-Febvre (été 2010)

À Baie-du-Febvre, le long de la route Janelle, se trouvent un réservoir et deux grand bassins. À longueur d’année, il est possible d’observer des canards : érismatures, fuligules, macreuses, harles, etc. Samedi dernier, dans le premier bassin, il y avait un groupe de 8 phalaropes à bec étroit qui s’y prélassaient. Événement assez inhabituel. Continuer la lecture

Publié dans les oiseaux | Marqué avec , , | Commentaires fermés

Pour les esprits curieux

Presses de l’Université de Montréal, 2004

Sans qu’il y ait lieu de parler d’une école, bien que ces divers penseurs semblent partager un certain nombre de principes essentiels, la philosophie d’expression française, celle des Jean Grondin, Jean-Luc Marion, Rémi Brague et quelques autres, a pris dans les dernières décennies un nouvel essor et, grâce à des traductions en plusieurs langues, rayonne dans les cinq continents. Les travaux de ces patients érudits et créateurs en métaphysique, phénoménologie, herméneutique et philosophie de la religion permettent à ceux  qui s’intéressent à ces questions de prendre connaissance de ce que la philosophie d’aujourd’hui offre peut-être de plus intéressant. Je veux dire par là que le lecteur retirera un énorme profit, s’il prend le temps d’étudier les auteurs de ce courant.

Jean Grondin, professeur à l’Université de Montréal, s’est donné la peine de produire un site qui a le considérable avantage d’offir au public cultivé de nombreux textes téléchargeables du plus vif intérêt.

 L’adresse du site est la suivante : http://jeangrondin.wordpress.com/

Publié dans les idées | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés

Rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta L.)

Parc national de la Mauricie (été 2010)

« Plante bisannuelle ou annuelle, hispide dans toutes ses parties ; tige (long. 30-100 cm.) ; feuilles entières ou presque ; capitules (diam. 5-10 cm.) peu nombreux, à 10-20 rayons jaunes ou orangés. Floraison estivale. Partout dans les lieux cultivés. Introduite de l’Ouest. Aujourd’hui répandue aussi loin que va la culture, cette espèce était inconnue dans le nord-est de l’Amérique jusqu’à 1830, et elle semble avoir été introduite depuis ce temps avec la graine de Trèfle rouge venue de l’Ouest. Cependant, elle paraît indigène sur la côte de l’Atlantique, depuis la Pennsylvanie vers le sud. […] On peut désigner plus exactement notre plante comme R. hirta var. pulcherrima Farw. » Frère Marie-Victorin, Flore laurentienne, 1964, p. 593.  Continuer la lecture

Publié dans les fleurs | Marqué avec , , | Commentaires fermés