Carnet de Guy Béliveau

6 mars 2010

Parution/parturition de la forme

Classé dans : les arts, les idées — Mots-clés :, , , — gbeliveau @ 19:20

G.B., Pomme (crayon noir et blanc), 2010

La pratique amateur d’un art a toujours fait partie intégrante du cursus de l’humanisme classique. Il faut redécouvrir par soi-même la vérité de ce principe éducatif si l’on désire en comprendre la nécessité. Pour le philosophe qui cherche à saisir la réalité du réel à partir de la notion de forme (idea/eidos), le dessin permet de faire des expériences favorables à la méditation. Regardez une pomme, vous ne verrez aucune hachure. Comment ce fatras, ce fouillis de traits, lors de l’exécution rapide du dessin plus haut, a-t-il pu se mettre à représenter un fruit et, ce, de façon soudaine et imprévisible ? Il y a eu, à coup sûr, incidence d’une forme — cherchée certes –, mais non pas produite de manière exercée, car l’amateur ne possède la maîtrise de ses moyens.  La forme est apparue, a été mise au monde, semble-t-il, grâce à autre chose que des hachures tracées par un crayon maladroit.

20 février 2010

L’esprit de la métaphysique après Heidegger et Derrida

Classé dans : Les livres, les idées — Mots-clés :, , , , , , — gbeliveau @ 11:20

Toutes affaires cessantes, il faut se plonger dans l’étude du dernier livre de Pierre Aubenque intitulé Faut-il déconstruire la métaphysique ? (PUF, 2009). Il faut le lire cet ouvrage du très grand spécialiste d’Aristote pour une raison éminemment pratique : notre monde est le produit du travail souterrain de la métaphysique dans l’histoire : « Nous vivons aujourd’hui les effets négatifs et destructeurs de la métaphysique de la subjectivité, elle-même héritière de la métaphysique grecque. La métaphysique est responsable de la réduction de l’être à l’étant, de l’étantité à la représentabilité, de celle-ci à la calculabilité et à son corollaire, la disponibilité technique. Nous vivons aujourd’hui dans notre chair, à travers la domination planétaire des modes de pensée scientifico-techniques, l’oubli de l’être et ses conséquences : la perte du sens de la nature, la destruction de notre environnement vital, de notre Lebenswelt, et finalement la déshumanisation de l’homme en nous. » (p. 56-57)

Sans aucune restriction, Pierre Aubenque souscrit à la lecture déconstructive de l’histoire de la métaphysique faite par Heidegger, il fait sienne la thèse selon laquelle l’être n’est pas pensé pour lui-même, mais est rabattu sur un Étant suprême . Et à ceux qui prétendent que les idées du penseur de l’être ne sont pas falsifiables, l’auteur du Problème de l’être chez Aristote n’a pas de peine à montrer que, de manière tout à fait indépendante, Étienne Gilson s’accorde avec cette lecture, car selon lui la métaphysique rate l’existence en la réduisant à l’essence. Faut-il déconstruire la métaphysique ? Oui, si le sens de l’être ou de l’existence nous préoccupe encore et si nous ne voulons pas traîner dans les ornières de la tradition. Ce petit livre, qui ne fait pas 100 pages, est trop riche en idées pour en donner ici ne serait-ce qu’un aperçu. Comprenons : il s’agit d’un ouvrage si utile qu’il faut l’apprendre par coeur. De manière impressionniste donc, voici quelques thèmes ayant retenu de prime abord mon attention. (Lire la suite…)

16 janvier 2010

Épervière de Kalm (Hieracium canadense)

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Marais Léon-Provancher (automne 2009)

Dans les guides d’identification consultés, on précise que les espèces du genre Hieracium sont si nombreuses, que même les botanistes avertis en perdent leur latin.  En me fiant à une photographie assez ressemblante trouvée dans le beau livre de Lise et Pierre Daigle, Les fleurs sauvages du Québec (Broquet, tome 2, p. 218),  je crois bien qu’il s’agit d’une épervière de Kalm, mais rien n’est moins sûr. Dans la Flore laurentienne, ouvrage classique s’il en est, le frère Marie-Victorin apporte d’utiles précisions : (Lire la suite…)

28 décembre 2009

Le dessin : pour s’éveiller à l’interprétation de la nature

Classé dans : les arts — Mots-clés :, , , — gbeliveau @ 17:14

Raphaël, Étude pour la Madonne d’Albe, début du XVIe siècle

L’artiste américaine, Juliette Aristides, présente dans L’Atelier de dessin : l’enseignement classique aujourd’hui (Paris, Oskar, 2008) les concepts à la base du courant actuel dans l’enseignement des arts qui cherche à promouvoir la maîtrise des techniques traditionnelles en étudiant les principes qui ont servi à la production des grands chefs-d’oeuvre du passé et aux travaux des meilleurs peintres réalistes actuels. Au lieu de se couper radicalement de la tradition, les artistes appartenant à cette école, appelée atelier movement, entendent redonner vie aux règles du métier de peintre, non pas dans le but passéiste de recopier servilement les grands maîtres, mais afin de se donner les moyens de rehausser leurs propres capacités d’expression. L’apprentissage en atelier s’avère cependant fort exigeant : 6 heures de travail par jour pendant quatre années. La première est consacrée au dessin, la suivante à la grisaille, c.-à-d. à la peinture monochrome ou en noir et blanc, la troisième et la quatrième aux couleurs. On peut voir des oeuvres de J. Aristides illustrant diverses étapes du cursus en cliquant ici(Lire la suite…)

10 octobre 2009

Le tourment du prince des traducteurs

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Michelangelo Merisi da Caravaggio, San Gerolamo, Galleria Borghese, 1605-1606 

 

Saint Jérôme (Eusebius Sophronius Hieronymus Stridonensis, 340-420) a offert à l’humanité une traduction en latin de la Bible, à partir du grec et de l’hébreu. Il a consacré les 34 dernières années de sa vie à paufiner sa version du Nouveau Testament. Dans cette lettre, il raconte à un ami la vision qu’il a eue lors d’une grave maladie :

« Il y a bien longtemps ! maison, père et mère, soeur, parenté et, ce qui est le plus difficile, habitude de la bonne chère, pour le Royaume des cieux je m’étais sevré de tout cela ; j’allais à Jérusalem militer pour le Christ. Mais de la bibliothèque qu’à Rome je m’étais composée avec beaucoup de soin et de peine, je n’avais pas pu me passer. Malheureux que j’étais !  (Lire la suite…)

26 septembre 2009

Aster

Classé dans : les fleurs — Mots-clés :, — gbeliveau @ 20:30

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Marais Léon-Provancher (été 2009)

Le beau mois de septembre que nous connaissons permet de faire d’agréables randonnées dans la nature et de découvrir des fleurs sauvages splendides. Il pourrait s’agir ici de l’aster ponceau (Aster puniceus), mais je n’en suis pas certain. « On trouve des asters dans divers habitats selon l’espèce : prairies, rivages, tourbières, différents types de forêts, etc. Certains sont confinés à quelques localités bien précises [...] ; d’autres, comme l’aster ponceau (A. puniceus), sont très fréquents et se retrouvent jusqu’à la toundra. [...] L’est de l’Amérique du Nord constitue le lieu de prédilection dees asters et vraisemblablement leur berceau : ils y sont beaux, abondants et diversifiés. » Plantes sauvages des villes et des champs (Fleurbec). 

2 septembre 2009

Plaidoyer en faveur de la haute culture littéraire

Classé dans : Les livres, les idées — Mots-clés :, , , , , — gbeliveau @ 19:25

Lucien de Samosate

Le Songe (ou la vie de Lucien)

(Peri tou enupniou êtoi bios Loukianou)

  1. Dès le moment où je cessai de suivre les classes, une fois parvenu à l’adolescence, mon père examina avec ses amis ce qu’il pourrait bien me faire apprendre. À l’égard de la haute culture littéraire, la plupart d’entre eux estimaient qu’il fallait y consacrer beaucoup de temps, y consentir de nombreux efforts, y engager d’énormes dépenses et jouir d’une brillante situation sociale. Mais, selon eux, notre condition plutôt modeste exigeait de ma part une assistance financière assez rapide. Si j’apprenais un métier d’artisan, je pourrais recevoir sur-le-champ les rudiments d’un savoir-faire ; n’étant plus alors à la charge de mes parents, je pourrais très bientôt mettre mon père en joie, en ramenant régulièrement mes gains à la maison.
  2. Ils entamèrent ensuite une seconde série de réflexions : quel est, parmi les métiers, le meilleur et le plus facile à apprendre ? celui qui convient à un homme libre, qui ne requiert pas des outils très spécialisés et qui fournit des revenus suffisants ? Après que chacun eût glorifié, selon ses connaissances et son expérience, tel ou tel gagne-pain, mon père tourna les yeux vers mon oncle maternel, excellent statuaire de réputation, tailleur de pierres fort estimé. Il lui dit : « Toi ici présent, il n’est guère juste qu’un autre métier que le tien l’emporte ; mais voyons – en me montrant du doigt – prends-le en charge, fais de lui un habile ouvrier, montre-lui à bien dégrossir les pierres, à bien les ajuster et à bien les sculpter ; comme tu le sais déjà, il est doué d’un naturel adroit. » Mon père fondait son opinion sur mes babioles de cire. Chaque fois que j’étais laissé à moi-même par mes maîtres d’école, je raclais de la cire, je façonnais sans arrêt des bœufs, des chevaux et même, par Zeus, des formes humaines et cela, de manière tout à fait convaincante, selon l’opinion de mon père. À cause de ces amusettes, je recevais alors des coups administrés par mes maîtres et, aujourd’hui, elles me valent des louanges, car je possède un don de nature. Aussi mon père et ses amis, en se basant sur mes modelages, entretenaient de grands espoirs que j’apprenne le métier en peu de temps. (Lire la suite…)

18 août 2009

L’amour du beau dans la nature

Classé dans : les fleurs, les idées — Mots-clés :, , , , , — gbeliveau @ 19:04

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Sagittaire latifoliée

 

On peut aimer les fleurs en botaniste, on peut les aimer tout simplement parce qu’elles sont belles. De tout temps, poètes et philosophes ont admiré le monde et ses merveilles. Amour de la nature, poésie, philosophie, c’est tout un : le spectacle du beau engendre dans la partie noble de l’âme – celle qui se meut dans le discours – un intense désir de se replacer dans l’élan créateur de la nature. Ceux qui ont fait cette expérience reconnaîtront la vérité du mot de Diotime : « S’il est un temps de la vie entre tous où il vaille la peine de vivre, c’est bien celui où l’on commence à entrevoir la Beauté en soi. » (Le Banquet, 211d)

Pour Platon, c’est l’amour qui exhausse l’âme. Mais, il est difficile d’aimer.

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12 août 2009

Érigéron de Philadelphie (erigeron philadelphicus)

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Parc de la rivière Batiscan (été 2008)

 

« Il existe environ deux cents espèces d’érigéron dans le monde. Les premières seraient apparues en Amérique du Nord et elles auraient envahi les autres continents en suivant les déplacements de l’homme et le défrichage. Les érigérons, qu’on nomme aussi vergerettes, ressemblent beaucoup aux asters. On les reconnaît à leurs capitules au centre toujours jaune et aux rayons plus fins et plus nombreux. L’érigéron de Philadelphie fleurit au printemps [ear en grec et gerôn, veillard]. Il est facile à distinguer grâce à ses capitules comprenant de cent à cent cinquante rayons roses ou pourpres et à ses feuilles dont la base embrasse la tige. » Estelle Lacoursière et Julie Therrien, Fleurs sauvages du Québec.

11 août 2009

Chicorée sauvage (Cichorium intybus)

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Parc de la rivière Batiscan (été 2008)

 

Dans le guide Plantes sauvages des villes et des champs (Fleurbec), on trouve une note très intéressante : « Le mot grec entubon dériverait de Hendibah, localité de l’Asie mineure d’où la plante est originaire, ou de tubus : tube, allusion à la tige creuse. La chicorée sauvage est une plante horloge dont les fleurs s’ouvrent et se ferment chaque jour, sauf par temps couvert. Les fleurs ne conservent leur couleur bleue que peu de temps : une enzyme détruit la matière colorante et, en quelques heures, elles passent au rose, au blanc puis au brun. Elle est utilisée comme plante potagère depuis les Égyptiens (4 000 av. J.-C.). Les feuilles donnent un colorant bleu et la racine une teinture rosée pour le bois. Les apothicaires craignaient d’entreposer une grande quantité de chicorée sauvage en poudre parce qu’elle s’enflamme spontanément. Elle symbolise la frugalité. »

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