Un grand nombre de vers du poète Horace ont donné naissance à des expressions proverbiales. Les grammairiens débattaient depuis longtemps pour savoir qui était l’inventeur du rythme élégiaque sans aboutir à une solution définitive. On trouve dans l’Art poétique : Grammatici certant et adhuc sub judice lis est (v. 78) : « les grammairiens luttent pour le savoir et [la question] est encore [adhuc] en litige [lis] devant un juge [sub judice]. » Le mot a très tôt été appliqué aux points qui demeurent irrésolus dans tous les domaines après des années, voire des siècles de discussions. Ainsi en philosophie : les Idées (ou Formes) sont-elles séparées des choses sensibles comme le soutenait Platon ou bien les formes sont-elles immanentes aux substances premières comme le croyait Aristote ? Adhuc sub judice lis est. Cette expression est parvenue à ma connaissance grâce à un élève du collège de Trois-Rivières qui la citait en conclusion de son travail !
Selon le grand helléniste Jean Humbert, le nom de Socrate s’analyse ainsi : sô-, le premier terme vient de sôos (sôs en attique), il veut dire « intact, sauf » et il se retrouve dans des composés comme sôphrôn : sage, sôphrosunê : sagesse, modération ; kratos (kratous), c’est la force et kras (kratos), c’est la tête. Socrate : homme sage, car sa force se trouve dans sa tête.
L’expression du poète du XVIe siècle, Jean Molinet, « bien heurée prospérité » éclaire la signification du mot de bonheur. C’est une erreur de croire que le terme a pour origine « avoir une bonne heure », c.-à-d. passer un bon moment. « Heur » vient du latin augurium (présage favorable ou sinistre), d’où chance (les biens et les maux qui nous échoient dans la vie). L’ augure (augur) prédit l’avenir par l’observation des oiseaux. Une prospérité bien heurée : avoir un sort qui, par bonne chance, répond aux espérances. On est heureux quand le hasard se montre favorable. Cette idée, on la retrouve fortement soulignée chez Hérodote dans le dialogue émouvant entre Solon et Crésus. (Histoires, Livre I, Clio, XXX-XXXIV)
Le mot templum (temple) appartient à la langue augurale et désigne à l’origine un « espace carré délimité par l’augure dans le ciel et sur la terre, à l’intérieur duquel il recueille et interprète les présages ». Pour Varron, auteur d’un traité sur la langue latine, le templum est ce lieu qui peut être examiné de n’importe quel côté ou ce lieu duquel toutes les parties peuvent être vues : Contemplari dictum a templo, i.e. loco qui ab omni parte aspici, vel ex quo omnis pars videri potest, quem antiqui templum nominabant. Le temple est le lieu visible de l’invisible, là où des signes interprétatifs se produisent. Contempler (contemplari) dérive de cum (particule d’intensité) et de templum. Contempler veut dire, selon l’étymologie, considérer attentivement par la pensée ce qui dans le visible suscite joie et admiration. C’est par contemplativus que Sénèque a rendu le terme philosophique grec theôrêtixos. Le contemplatif veut comprendre les signes qui émerveillent et qui donnent un sens à l’existence. Voilà la raison profonde pour laquelle tant de philosophes anciens ont affirmé que le bonheur se trouvait dans cette activité de l’âme qui est le possible le plus haut de l’homme en tant qu’être doué de raison. Très peu de gens depuis l’Antiquité adhèrent à cette conception : gloire, richesse, plaisirs ont toujours recueilli la plupart des suffrages. Qui a raison ? Adhuc sub judice lis est !