Carnet de Guy Béliveau

27 avril 2008

Le pas-d’âne : une fleur sauvage printanière

Classé dans : les fleurs — Mots-clés :, , — gbeliveau @ 19:03

La Gabelle 27-04-08Barrage La Gabelle (printemps 2008)

Mon collègue et ami, Clément Loranger – écrivain, philosophe et fin naturaliste - m’a fait connaître lors d’une promenade à Baie-du-Febvre le tussilage farfara (tussilago farfara). Voici ce qu’en dit le frère Marie-Victorin dans La Flore laurentienne : « Floraison très printanière. Introduit d’Europe durant la période française [...], probablement à la suite de cultures médicinales. Les fleurs, extrêmement printanières, peuvent être considérées comme tardives : les boutons qui partent de l’aisselle des feuilles sont trop retardées pour fleurir à l’automne et passent l’hiver sous terre, s’épanouissant au premier soleil du printemps. » Lors de notre promenade, Clément m’a donné tous ces détails en puisant dans sa mémoire…

 

26 avril 2008

Ceci n’est pas une photographie

Classé dans : les arts — Mots-clés :, , — gbeliveau @ 20:00

Pointe Yamachiche 26-04-08Sentier menant à la Pointe Yamachiche (26 avril 2008).

19 avril 2008

La mémoire des mots II

Classé dans : Les mots — Mots-clés :, , — gbeliveau @ 11:07

Un grand nombre de vers du poète Horace ont donné naissance à des expressions proverbiales. Les grammairiens débattaient depuis longtemps pour savoir qui était l’inventeur du rythme élégiaque sans aboutir à une solution définitive. On trouve dans l’Art poétique : Grammatici certant et adhuc sub judice lis est (v. 78) :  « les grammairiens luttent pour le savoir et [la question] est encore [adhuc] en litige [lis] devant un juge [sub judice]. » Le mot a très tôt été appliqué aux points qui demeurent irrésolus dans tous les domaines après des années, voire des siècles de discussions. Ainsi en philosophie : les Idées (ou Formes) sont-elles séparées des choses sensibles comme le soutenait Platon ou bien les formes sont-elles immanentes aux substances premières comme le croyait Aristote ? Adhuc sub judice lis est. Cette expression est parvenue à ma connaissance grâce à un élève du collège de Trois-Rivières qui la citait en conclusion de son travail !

Selon le grand helléniste Jean Humbert, le nom de Socrate s’analyse ainsi : -, le premier terme vient de sôos (sôs en attique), il veut dire « intact, sauf » et il se retrouve dans des composés comme sôphrôn : sage, sôphrosunê : sagesse, modération ; kratos (kratous), c’est la force et kras (kratos), c’est la tête. Socrate : homme sage, car sa force se trouve dans sa tête.

L’expression du poète du XVIe siècle, Jean Molinet, « bien heurée prospérité » éclaire la signification du mot de bonheur. C’est une erreur de croire que le terme a pour origine « avoir une bonne heure », c.-à-d. passer un bon moment. « Heur » vient du latin augurium (présage favorable ou sinistre), d’où chance (les biens et les maux qui nous échoient dans la vie). L’ augure (augur) prédit l’avenir par l’observation des oiseaux. Une prospérité bien heurée : avoir un sort qui, par bonne chance, répond aux espérances. On est heureux quand le hasard se montre favorable. Cette idée, on la retrouve fortement soulignée chez Hérodote dans le dialogue émouvant entre Solon et Crésus. (Histoires, Livre I, Clio, XXX-XXXIV)

Le mot templum (temple) appartient à la langue augurale et désigne à l’origine un « espace carré délimité par l’augure dans le ciel et sur la terre, à l’intérieur duquel il recueille et interprète les présages ». Pour Varron, auteur d’un traité sur la langue latine, le templum est ce lieu qui peut être examiné de n’importe quel côté ou ce lieu duquel toutes les parties peuvent être vues : Contemplari dictum a templo, i.e. loco qui ab omni parte aspici, vel ex quo omnis pars videri potest, quem antiqui templum nominabant.  Le temple est le lieu visible de l’invisible, là où des signes interprétatifs se produisent. Contempler (contemplari) dérive de cum (particule d’intensité) et de templum. Contempler veut dire, selon l’étymologie, considérer attentivement par la pensée ce qui dans le visible suscite joie et admiration. C’est par contemplativus que Sénèque a rendu le terme philosophique grec theôrêtixos. Le contemplatif veut comprendre les signes qui émerveillent et qui donnent un sens à l’existence. Voilà la raison profonde pour laquelle tant de philosophes anciens ont affirmé que le bonheur se trouvait dans cette activité de l’âme qui est le possible le plus haut de l’homme en tant qu’être doué de raison. Très peu de gens depuis l’Antiquité adhèrent à cette conception : gloire, richesse, plaisirs ont toujours recueilli la plupart des suffrages. Qui a raison ? Adhuc sub judice lis est !

5 avril 2008

Crépuscule d’hiver

Classé dans : les arts — Mots-clés :, , — gbeliveau @ 12:51

La pratique amateur d’un art n’aboutit peut-être pas toujours à de risibles résultats ! Photographie prise à la halte routière de Pointe-du-Lac, face au Lac Saint-Pierre, en décembre 2007.

Buffon : pour redécouvrir l’histoire naturelle

Classé dans : Les livres — Mots-clés :, , , , — gbeliveau @ 11:23

L’historien des sciences C. Blanckaert brosse un beau portait de Georges Louis Leclerc, célébrissime auteur de l’ Histoire naturelle, oeuvre magistrale en trente-six gros volumes in-quarto, dont le premier tome a paru en 1749 : « Le comte de Buffon n’a fondé aucune science. Il fut un agitateur d’idées, un philosophe. Son nom n’est attaché à aucune loi, aucune invention au sens classique du mot. Ses doctrines n’ont pourtant pas manqué de préparer les esprits à d’autres aventures intellectuelles.  [...] Buffon ignorait les frontières disciplinaires [...]. Et c’est sans doute l’un des motifs qui nous font revenir depuis deux siècles à l’Histoire naturelle : le plaisir illusoire d’une totalité du savoir, à l’heure des spécialistés étroites. » (p. 119) Citation tirée de Buffon. La nature en majesté,  une magnifique biographie, récemment publiée dans la collection « Découvertes » chez Gallimard (2007, ISBN : 2070343170), qu’a écrite Yves Laissus, archiviste-paléographe qui a dirigé pendant treize ans la bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle (l’ancien Jardin du Roi). L’iconographie est absolument superbe !

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La mémoire des mots I

Classé dans : Les mots — Mots-clés :, , — gbeliveau @ 11:22

Cette chronique, destinée à paraître à intervalles réguliers, cherche à attirer l’attention sur de belles expressions latines, pour le plaisir des mots qu’elles procurent, mais aussi parce qu’elles nous donnent à réfléchir.

Définition de l’orateur (rhetor) par Caton l’Ancien : « vir bonus et dicendi peritus », « l’homme de bien qui sait parler » (Humbert). Le rhéteur est habile, il sait comment produire chez son auditoire les effets qu’il recherche : émouvoir, persuader, instruire. Mais s’il ne jouit pas de la réputation d’être un honnête homme, personne ne l’écoutera.

Non nova sed nove.  Ce ne sont pas des idées nouvelles, mais elles sont exprimées d’une nouvelle manière. Voilà ce qu’il faut répondre à ceux qui prétendent que nous répétons des choses découvertes par d’autres dans le passé. L’actualisation constitue un principe fondamental de l’herméneutique ; il y a donc intérêt à redire le vrai de manière inédite.

L’expression hic et nunc signifie : sur le champ, à l’instant même. Il ne faut pas dire en français « ici et maintenant », car c’est un calque de l’anglais « here and now ». Chez les bons écrivains on voit ces tournures : « ici, maintenant », « l’ici-et-maintenant », ou encore « dans l’ici et le maintenant ». Albert Béguin, ce grand humaniste, propose cette élégante tournure : « à cet instant même et en ce lieu précis ».

 

Suivre la nature : natura duce. Ce bel ablatif absolu renferme une leçon de sagesse que notre époque se plaît à ignorer. On passe pour avisé lorsqu’on affirme péremptoirement : l’être ne saurait envelopper des normes de morale ou des règles de conduite. Suivre la nature, pourtant, c’est s’ouvrir à l’ordre du monde pour en reconnaître les rythmes, c’est modeler son existence pour lui donner une belle ordonnance, c’est chercher à comprendre le mystère de la vie, du déploiement de l’être, de la présence de l’un et de la forme.

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