Comment ne pas tenir la célèbre collection « Que sais-je ? » comme un des fleurons de la haute culture française ? Les monographies n’ont pas toutes la même valeur, bien évidemment, mais le lecteur qui cherche à prendre connaissance d’un sujet a presque toujours raison de commencer par là, car il y trouvera des synthèses souvent fort éclairantes, et parfois fort brillantes. Quelques titres qui m’ont frappé dans les dernières années : La Dialectique de Claude Bruaire, Socrate de Louis-André Dorion, L’Herméneutique de Jean Grondin, Grammaire du latin de Jean Collart (sublime introduction à la grammaire philosophique). Ma toute dernière découverte : Le Relativisme du sociologue de la Sorbonne Raymond Boudon, ouvrage paru en janvier dernier.
D’entrée, l’auteur affiche ses couleurs en proposant une distinction plutôt étonnante : étant donné que les représentations, les normes et les valeurs varient selon les cultures et les époques, le bon relativisme en prend acte et attire notre attention sur ce fait irrécusable ; le mauvais relativisme en conclut que tous ces phénomènes ne sont que de pures constructions sociales. Constat du sociologue : le relativisme est perçu comme une doctrine adéquate dans un monde postcolonial, en cours de globalisation, qui veut que toutes les cultures se vaillent ; où l’individualisme tend à imposer l’idée que tout est opinion et que toute opinion mérite le respect. » (p. 3-4)
Boudon analyse d’abord le relativisme normatif pour lequel règles et valeurs se réduisent à des conventions sans fondement véritable. Montaigne, David Hume et Max Weber ont fourni à ce sujet des arguments qui font encore autorité aujourd’hui. Mais la vision culturaliste, si à la mode en sciences humaines, repose sur un raisonnement bancal : si certaines valeurs sont de fait arbitraires, il ne faut pas conclure qu’elles le sont toutes sans exception. Une telle conclusion s’avère un abus du principe du tiers exclu et se ramène à une fausse dichotomie : ou bien les normes sont rationnelles, ou bien elles sont conventionnelles. (Lire la suite…)
Parc de la Rivière Batiscan (été 2008)
Le nom latin, trouvé par Linné, vient de hierax, épervier ou faucon ; aurantiacium veut dire de couleur orangée, celle des fleurs bien sûr. Comme les Anciens croyaient que les faucons aiguisaient leur vue en utilisant le suc de cette plante, les médecins de cette époque s’en servaient pour soigner les yeux obscurcis par les pellicules blanches de la taie.
Autres noms vulgaires qui font rêver : bouquet rouge, boutique d’or, charbonnier lugubre, roi des champs, saint-louis…
Malgré la beauté éblouissante des fleurs, le Frère Marie-Victorin considère l’épervière orangée comme un fléau, car elle « a une pousse vigoureuse qui s’étend au moyen de courants, et qui mûrit une quantité considérable de graines aigrettées ; elle envahit les terrains qu’on ne peut plus labourer, ses feuilles prenant la place de l’herbe et ruinant les prairies et les paturages. »
Fléau pour le laboureur, mais trésor pour le contemplatif ! L’intensité de ses couleurs est si grande qu’on ne se lasse pas d’admirer cette fleur sauvage peu répandue, semble-t-il, en Mauricie.
Commentaires fermés
On est libre quand on agit sua sponte : spontanément, de soi-même, avec ses propres moyens, de son propre mouvement (motu proprio), en son nom personnel, de sa propre initiative, tout seul. Sponte est l’ablatif d’origine de l’inusité spons : a sponte, de sponte ejus : d’après sa volonté, par ses seules forces, de sa propre nature, naturellement. Les considérations linguistiques ne résolvent pas les problèmes philosophiques, mais, comme ce qui a sens pour nous se donne dans le langage, la réflexion consciente de soi ne peut faire l’économie de la grammaire.
À tous les tenants de la conception instrumentale du langage, à tous ceux qui méprisent la grammaire et trouvent inutile, ou même indigne la recherche du beau langage, il faut répondre par la bouche d’un gros canon, le philologue du XIXe siècle C. Du Gange, auteur du Glossarium mediae et infimae latinitatis : « il faut d’abord acquérir le savoir des mots, si l’on veut voir la réalité » (si res velis percipere, voces ipsas scire debet).
Littéralement, l’expression voce meliora signifie « des choses particulièrement bonnes [ou élevées] en comparaison de [ce que peut exprimer] la voix humaine », c.-à-d. de hautes réalités inatteignables qui dépassent les capacités d’expression du langage. Serait-ce verser dans la sollicitation que d’y voir le programme de toute poésie ou de toute philosophie authentique ? Tenter de dire, par tous les moyens qu’offre la discursivité, ce qui se trouve au delà de toute expression humaine ? Et ce dire fait nécessairement usage de l’image et de la métaphore : les mots ne nomment pas, ils suggèrent l’indicible. Si la poursuite de cet idéal n’est qu’une chimère, livrons-nous corps et âme à la mathesis universalis, au volapük, à la novelangue.
Commentaires fermés