Hendrik ter Brugghen, Héraclite, 1628
Qu’en est-il de l’esprit révolutionnaire aujourd’hui ?
(Passage du chaos de la scission au cosmos de l’un et de la forme)
Est lié au concept de révolution, l’idée de rupture, de cassure, de profond bouleversement des choses. Par essence, toute révolution renvoie au changement, au mouvement, au devenir.
Qu’est-ce que le devenir ? La pensée (in)augurale grecque – cette inscription de la poésie dans le corps de la philosophie – répond hardiment : le devenir est passage réciproque de l’être dans le non-être. Une chose se transforme quand ce qui en elle est cesse d’exister, disparaît ; et quand ce qu’elle n’était pas apparaît, commence d’être. Ce passage réciproque est réputé impossible : « rien ne se crée, rien ne se perd » : rien ne commence d’être à partir du néant, rien de ce qui est ne retourne au néant. Et pourtant, toute l’histoire en témoigne – il y a sans cesse destruction inexorable de l’ancien et création imprévisible du nouveau.
La dialectique résout cette aporie d’une manière qui demeure suspecte à la raison arraisonnante du savant ; la dialectique affirme : il y a devenir, il y a passage réciproque de l’être dans le non-être, car en toute chose – entendons en toute chose humaine – gît une contradiction. Cette opposition interne s’affiche d’abord comme lutte des contraires, mais elle s’accomplit ensuite comme unité de ces contraires ! Dans le monde humain et chaotique, rien ne demeure stable, car le réel historique subit la négativité de la dialectique comme un effet de sa finitude. « Tout s’écoule » disait déjà le père de la pensée de l’unité des contraires, Héraclite. (Lire la suite…)





