Carnet de Guy Béliveau

19 octobre 2008

Une utopie jacobine

Giotto di Bondone, Jésus au milieu des docteurs, Capella degli Scrovegni, 1305

Depuis la fondation de la Nouvelle-France, ab urbe condita, les parents avaient le droit de faire éduquer leurs enfants dans la foi catholique. Depuis le mois de septembre 2008, ils ont perdu ce droit. L’État a décidé péremptoirement que tous les élèves du primaire et du secondaire, sans exception, devaient obligatoirement suivre un nouveau programme intitulé Éthique et culture religieuse. « L’honnête homme », qui n’a pas suivi de près les débats qui ont roulé sur la question de l’enseignement confessionnel à l’école, reste perplexe et se demande pour quelles raisons l’État prive les parents d’un droit acquis ancestral, voire d’un droit naturel. Heureusement pour lui, M. Georges Leroux, professeur à l’UQAM, présente dans son ouvrage Éthique, culture religieuse, dialogue (Montréal, Fides, 2007), une « défense et illustration » de ce programme. Malheureusement, l’argumentaire de l’auteur se heurte à trois objections dirimantes : son concept d’une éducation laïque entraîne le relativisme, sa philosophie politique verse dans le jacobinisme, et sa vision des fins de l’éducation relève de l’utopie. (Lire la suite…)

12 octobre 2008

Le Prince des philosophes

Classé dans : Les livres — Mots-clés :, , , , , — gbeliveau @ 17:48

Dans un ouvrage qui fait à peine plus de deux cents pages, agréable à lire, facile à comprendre, fort instructif, Jean Préposiet, spécialiste reconnu de Spinoza, mais surtout grand humaniste – à la manière si française des Paul Bénichou, Marc Fumaroli, François Rigolot – nous offre une superbe biographie du penseur de La Haye, ainsi qu’une présentation succincte et claire de sa pensée (Spinoza, Paris, Tallandier, 2007). Caveat emptor ! Le livre est cher, non cousu, mal collé. Mais qu’une petite maison d’édition ose publier ce genre d’ouvrage tient du miracle en cette époque des best-sellers, ces platitudes de la vie de l’esprit.

« Philosophie de l’immanence, de l’unité et de l’éternité, le spinozisme devra obligatoirement éviter un écueil : celui de l’éléatisme. Pour cela, il lui faudra d’une manière ou d’une autre dépasser l’identité vide de l’être fermé sur soi dans une sphéricité absolue, et rendre compte de la multiplicité empirique, de la mobilité et du changement. Toute doctrine de l’unité absolue de l’Être trouve là sa pierre d’achoppement. Comment passer de l’Un au Multiple et revenir à l’Un ? » (p. 106) Si déconcertante au premier abord, l’ontologie spinoziste avec ses trois « régions » – substance une, attributs multiples, modes finis et infinis – offrirait une solution à cette aporie. Chose certaine, le système de celui qui passait ses journées à polir des verres de lunettes n’a rien d’abstrait. Il mord, au contraire, dans la réalité la plus concrète, celle des individus en chair et en os. De plus, Spinoza a frappé au coin de l’immortalité la formule au fondement des philosophies qui cherchent à penser la contradiction, la scission, et la différence : « toute détermination est négation » (Lettre L). (Lire la suite…)

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