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	<title>Carnet de Guy Béliveau</title>
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	<description>Philosophie, littérature, beaux-arts</description>
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		<title>Parution/parturition de la forme</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Mar 2010 00:20:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
G.B., Pomme (crayon noir et blanc), 2010
La pratique amateur d&#8217;un art a toujours fait partie intégrante du cursus de l&#8217;humanisme classique. Il faut redécouvrir par soi-même la vérité de ce principe éducatif si l&#8217;on désire en comprendre la nécessité. Pour le philosophe qui cherche à saisir la réalité du réel à partir de la notion de forme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/dessin4_B.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1106" title="dessin4_B" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/dessin4_B-300x220.jpg" alt="" width="300" height="220" /></a></p>
<p style="text-align: center;">G.B.,<em> Pomme</em> (crayon noir et blanc), 2010</p>
<p style="text-align: justify;">La pratique amateur d&#8217;un art a toujours fait partie intégrante du cursus de l&#8217;humanisme classique. Il faut redécouvrir par soi-même la vérité de ce principe éducatif si l&#8217;on désire en comprendre la nécessité. Pour le philosophe qui cherche à saisir la réalité du réel à partir de la notion de forme (<em>idea/eidos</em>), le dessin permet de faire des expériences favorables à la méditation. Regardez une pomme, vous ne verrez aucune hachure. Comment ce fatras, ce fouillis de traits, lors de l&#8217;exécution rapide du dessin plus haut, a-t-il pu se mettre à représenter un fruit et, ce, de façon <em>soudaine</em> et <em>imprévisible</em> ? Il y a eu, à coup sûr, incidence d&#8217;une forme &#8212; cherchée certes &#8211;, mais non pas produite de manière exercée, car l&#8217;amateur ne possède la maîtrise de ses moyens.  La forme est apparue, a été mise au monde, semble-t-il, grâce à <em>autre</em> chose que des hachures tracées par un crayon maladroit.</p>
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		<title>L&#8217;esprit de la métaphysique après Heidegger et Derrida</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Feb 2010 16:20:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Toutes affaires cessantes, il faut se plonger dans l&#8217;étude du dernier livre de Pierre Aubenque intitulé Faut-il déconstruire la métaphysique ? (PUF, 2009). Il faut le lire cet ouvrage du très grand spécialiste d&#8217;Aristote pour une raison éminemment pratique : notre monde est le produit du travail souterrain de la métaphysique dans l&#8217;histoire : « Nous vivons aujourd&#8217;hui les effets négatifs [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Toutes affaires cessantes, il faut se plonger dans l&#8217;étude du dernier livre de Pierre Aubenque intitulé <em>Faut-il déconstruire la métaphysique ?</em> (PUF, 2009). Il faut le lire cet ouvrage du très grand spécialiste d&#8217;Aristote pour une raison éminemment pratique : notre monde est le produit du travail souterrain de la métaphysique dans l&#8217;histoire : « Nous vivons aujourd&#8217;hui les effets négatifs et destructeurs de la métaphysique de la subjectivité, elle-même héritière de la métaphysique grecque. La métaphysique est responsable de la réduction de l&#8217;être à l&#8217;étant, de l&#8217;étantité à la représentabilité, de celle-ci à la calculabilité et à son corollaire, la disponibilité technique. Nous vivons aujourd&#8217;hui dans notre chair, à travers la domination planétaire des modes de pensée scientifico-techniques, l&#8217;oubli de l&#8217;être et ses conséquences : la perte du sens de la nature, la destruction de notre environnement vital, de notre <em>Lebenswelt</em>, et finalement la déshumanisation de l&#8217;homme en nous. » (p. 56-57)</p>
<p style="text-align: justify;">Sans aucune restriction, Pierre Aubenque souscrit à la lecture déconstructive de l&#8217;histoire de la métaphysique faite par Heidegger, il fait sienne la thèse selon laquelle l&#8217;être n&#8217;est pas pensé pour lui-même, mais est rabattu sur un Étant suprême . Et à ceux qui prétendent que les idées du penseur de l&#8217;être ne sont pas falsifiables, l&#8217;auteur du <em>Problème de l&#8217;être chez Aristote</em> n&#8217;a pas de peine à montrer que, de manière tout à fait indépendante, Étienne Gilson s&#8217;accorde avec cette lecture, car selon lui la métaphysique rate l&#8217;existence en la réduisant à l&#8217;essence. Faut-il déconstruire la métaphysique ? Oui, si le sens de l&#8217;être ou de l&#8217;existence nous préoccupe encore et si nous ne voulons pas traîner dans les ornières de la tradition. Ce petit livre, qui ne fait pas 100 pages, est trop riche en idées pour en donner ici ne serait-ce qu&#8217;un aperçu. Comprenons : il s&#8217;agit d&#8217;un ouvrage si utile qu&#8217;il faut l&#8217;apprendre par coeur. De manière impressionniste donc, voici quelques thèmes ayant retenu de prime abord mon attention.<span id="more-1054"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Avant même que la métaphore de la déconstruction occupe le devant de la scène, Étienne Gilson, dans <em>L&#8217;Être et l&#8217;essence</em> (1948), avait repéré un tropisme qui détermine toute l&#8217;histoire de la métaphysique. En raison, non pas d&#8217;une faiblesse de l&#8217;esprit humain, mais bien d&#8217;une inclination naturelle, l&#8217;intellect n&#8217;arrive pas à penser l&#8217;être en lui-même ; constamment, dans l&#8217;histoire, l&#8217;entendement a rabattu l&#8217;existence sur l&#8217;essence. Dit autrement, la métaphysique réduit l&#8217;<em>esse</em> à l&#8217;<em>ens</em>. À la question de l&#8217;être de quelque chose, c&#8217;est-à-dire ce par quoi (<em>a quo</em>) quelque chose est,  les philosophes répondent en exhibant ce qu&#8217;est cette chose, un <em>quid</em>, une quiddité, une essence. Pierre Aubenque décrit ce fait de magnifique façon : «  L&#8217;histoire de la métaphysique repose sur cette immense substitution, sur ce <em>quiproquo</em> au sens propre du terme : prendre le <em>quid</em> pour le <em>quo</em>. » (p. 9) Au lieu de dire l&#8217;être, la métaphysique parle d&#8217;un étant premier : l&#8217;Idée de Bien, la Pensée de la pensée, l&#8217;Un, Dieu, l&#8217;ego transcendantal, etc. : « un <em>proton </em>[premier] arbitrairement désigné occupe une fonction fondatrice et médiatrice qui n&#8217;appartient en droit qu&#8217;à l&#8217;être lui-même » (p. 12).</p>
<p style="text-align: justify;">Aubenque fait voir très clairement que les analyses de Gilson correspondent à celles de Heidegger pour qui, en métaphysique, le projet d&#8217;élucidation du sens de l&#8217;être a constamment cédé le pas à la « monstration, l&#8217;exhibition d&#8217;un Étant primordial, exemplaire et fondateur » (p. 43). À la question : « qu&#8217;en est-il de l&#8217;être en tant qu&#8217;être ? », la philosophie première, en raison de sa structure, répond systématiquement à une autre question : « quel est, parmi les étants, l&#8217;étant le plus étant, celui qui, en vertu de son étantité ou de son essence éminente, est le fondement de la totalité de l&#8217;étant ? » (p. 43). Au lieu de se situer sur le plan <em>ontologique</em>, celui du sens verbal de l&#8217;être, l&#8217;entendement demeure sur le plan <em>ontique</em>, où l&#8217;être est entendu comme un substantif (avec un référent) ou un adjectif (<em>ens commune</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Si Gilson et Heidegger se rejoignent sur la question de l&#8217;oubli de l&#8217;être, ce dernier estime qu&#8217;il faut dépasser le langage de la métaphysique vers la poésie ou la mystique, alors que le premier croit que l&#8217;ontologie traditionnelle est réformable de l&#8217;intérieur. Autre différence : pour Gilson, l&#8217;histoire de la métaphysique est celle des diverses conceptions de l&#8217;être,  être qui demeure à l&#8217;extérieur de ces conceptions ; pour Heidegger, c&#8217;est l&#8217;être lui-même qui, tout en se voilant, se dévoile dans et par la métaphysique : l&#8217;être ad-vient dans son devenir comme <em>idea</em>, <em>ousia</em>, <em>Deus qua summum ens</em>, <em>cogitatio</em>, <em>Vorstellung</em>, technique.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;herméneutique heideggerienne des textes avance une proposition fondamentale parfaitement falsifiable : la métaphysique s&#8217;est développée selon le schème de l&#8217;onto-théo-logie. Aubenque donne une très éclairante description de cette structure profonde : « L&#8217;être de l&#8217;étant est ce qu&#8217;il y a de suprême pensable [...], à savoir l&#8217;essence, l&#8217;<em>ens objectum</em>, qui est ce qui se donne par définition à la représentation. L&#8217;Étant suprême, <em>summum ens</em>, Dieu [...] n&#8217;est que l&#8217;amplification maximale de l&#8217;<em>ens commune</em>, qui, [...] est le premier objet de l&#8217;entendement. Ce passage de l&#8217;étant en général à l&#8217;Étant suprême, lui-même entendu dès lors comme fondement, cause exemplaire et efficiente de l&#8217;étant en général, n&#8217;est possible que sous la condition de la réduction de l&#8217;être à l&#8217;étantité, de l&#8217;existence (qui excède la capacité de l&#8217;entendement) à l&#8217;essence (qui est le pensable par excellence). » (p. 67) Pour se convaincre que la thèse d&#8217;une structure onto-théo-logique de la métaphysique est réfutable, il suffit de lire « Saint Thomas d&#8217;Aquin et l&#8217;onto-théo-logie », article remarquable de subtilité et de finesse écrit par Jean-Luc Marion et repris dans <em>Dieu sans l&#8217;être</em> (PUF, 1991).</p>
<p style="text-align: justify;">Les analyses de Gilson et de Heidegger nous forcent à poser deux questions : 1) la métaphysique est-elle obligatoirement onto-théo-logique ? 2) la « déconstruction ouvre-t-elle la voie à une autre métaphysique ou à un autre que la métaphysique ? » (p. 20). Questions essentielles, car il y va du destin de la pensée humaine. Or, le spécialiste de la philosophie ancienne attire notre attention sur un possible dépassement de la métaphysique de l&#8217;intérieur même de la pensée aristotélicienne et néoplatonicienne (voir les chapitres II, III et VI). Par une critique très serrée de la doctrine de l&#8217;analogie de l&#8217;être, Aubenque montre que deux thèses d&#8217;Aristote peuvent induire la pensée à redécouvrir le propre de l&#8217;existence : 1) l&#8217;être ne se dit pas en un seul sens ; 2) l&#8217;être n&#8217;est pas un genre. La préposition <em>meta</em> dans le mot métaphysique peut signifier, non pas seulement « après » ou « au-dessus », mais bien « au-delà » : il faut chercher le sens de l&#8217;être par delà l&#8217;essence ou la déterminité. Certes chez Aristote, l&#8217;être est un <em>pros hen legomenon</em>, certes l&#8217;<em>ousia</em> représente l&#8217;unité focale des divers sens de l&#8217;être, « mais cette unité est recherchée, espérée, plutôt que véritablement donnée. » (p. 73). Pierre Aubenque va même jusqu&#8217;à écrire : « La polysémie de l&#8217;être exprime ce surgissement joyeux, cette exubérance d&#8217;accidentalité, qui empêche l&#8217;être de coïncider avec un seul de ses sens et de s&#8217;épuiser en lui. » (id.) </p>
<p style="text-align: justify;">La philosophie néoplatonicienne représente un autre moment du dépassement interne de la métaphysique par elle-même. Ce mouvement se caractérise par l&#8217;usage de la négation ou du discours apophatique. Plotin remet en cause l&#8217;ontologie traditionnelle de Platon et d&#8217;Aristote en situant l&#8217;Un au-delà du Bien et de l&#8217;être. Plotin échappe ainsi, semble-t-il, au tropisme de l&#8217;essentialisation puisque le Premier se voit dépourvu de toute détermination et, par conséquent, il ne saurait constituer une essence (<em>ousia</em>) :  « C&#8217;est par l&#8217;Un que tous les étants ont l&#8217;être. » Ce qui veut dire selon Aubenque : « c&#8217;est <em>par</em>  l&#8217;Un que tous les étants sont étants ; un étant est étant parce qu&#8217;il est un, et non pour une autre raison. » (p. 35) L&#8217;unité est la cause et la raison suffisante de l&#8217;étantité. Aussi, dire de l&#8217;Un qu&#8217;il est au-delà de l&#8217;essence ou de l&#8217;étantité, c&#8217;est dire qu&#8217;<em>il n&#8217;est pas</em> et c&#8217;est dans cette exacte mesure qu&#8217;il est antérieur à l&#8217;être. Tel serait le sens du discours apophatique : l&#8217;Un, dont nous discourons, ne peut échapper à la limitation dans laquelle l&#8217;enferme l&#8217;attribution d&#8217;un prédicat positif que par la négation de toute détermination. Par ce moyen, le néoplatonisme semble échapper à l&#8217;onto-théo-logie, car l&#8217;Un n&#8217;est pas cet Étant fondamental et fondateur qui donne l&#8217;être que parce qu&#8217;il est l&#8217;Étant suprême : « L&#8217;être est la trace (<em>hiknos</em>) de l&#8217;Un. Mais l&#8217;Un est lui-même trop ténu, trop vide pour laisser la moindre trace. L&#8217;être est la trace du rien, la trace sans génitif, sans fond et sans raison [...]. L&#8217;être n&#8217;est pas la trace d&#8217;une présence, mais il est la présence qui est la trace de l&#8217;Absent. » (p. 41)</p>
<p style="text-align: justify;">Trace : voilà un mot-clé chez Derrida. Cette entreprise de déconstruction de la métaphysique s&#8217;est voulue plus radicale que celle de Heidegger ;  Pierre Aubenque, en un véritable tour de force, brosse un tableau très clair de la pensée difficilement saisissable de l&#8217;auteur de la <em>Grammatologie</em>. On comprend mieux pourquoi le point de départ de cette pensée se trouve dans la linguistique structurale : en faisant abstraction du sujet parlant, la langue devient un système de signes qui renvoient les uns aux autres et non à un référent extra-linguistique. Ces signes sont dans des relations d&#8217;opposition et de différence. « Le trait de génie de Derrida est sans doute d&#8217;avoir réécrit l&#8217;histoire de la métaphysique à partir du “ concept ” de différence qui, à vrai dire, n&#8217;est pas un concept, mais sera le levier de la déconstruction. » (p. 68)  La célèbre « différance » a trois origines : 1) la différence ontologique entre l&#8217;être et l&#8217;étant ; 2) la différence structurale ; 3) « la notion néoplatonicienne de <em>diastasis</em>, qui est l&#8217;actif de <em>diastema</em> (intervalle, distance) : la <em>diastasis</em> est la production de l&#8217;intervalle, la distanciation, l&#8217;espacement, mais aussi le fait de temporiser, de différer une décision » (p. 60). P. Aubenque raconte, dans une note en bas de page (p. 60), une anecdote savoureuse : lors d&#8217;un entretien avec Heidegger en 1968, celui-ci se montra très intéressé par cette notion de différance. Il souhaita même faire la rencontre de Derrida en personne, ce qui jamais n&#8217;arriva !</p>
<p style="text-align: justify;">La différance n&#8217;<em>est pas</em> un principe, car elle fait éclater la présence à soi de la substance (son caractère d&#8217;être <em>kath&#8217;auto</em>, <em>per se</em>) ; 2) elle n&#8217;<em>est pas</em> une origine, car le réseau des signes forme un texte qui renvoie toujours à des signifiés et non à un signifié primordial (<em>arkhê</em>) : l&#8217;intuition originaire se trouve sans cesse différée, puisque le signe est lui-même présence différée. « À l&#8217;inverse, la métaphysique ferme, clôture la différence : différence de l&#8217;être et de l&#8217;étant, différance comme temporalisation extatique, différence comme condition de la signification. À la différence, elle substitue la présence d&#8217;un principe fondamental et substantiel : <em>ousia</em>, <em>parousia</em>, signifié transcendantal. Au <em>Dasein</em> extatique [...], elle superpose et finalement substitue la substantialité du sujet, <em>hypo-keimenon</em>, <em>sub-jectum</em>, possesseur de soi-même. » (p. 61)</p>
<p style="text-align: justify;">Si la déconstruction derridienne représente une tentative d&#8217;une extrême radicalité, elle cherche pourtant à subvertir la métaphysique à l&#8217;aide de ses propres concepts ; elle aboutit alors, selon Habermas, à une contradictionn performative. Dans les mots de P. Aubenque : « On ne peut critiquer la raison qu&#8217;à l&#8217;aide d&#8217;arguments rationnels, dont on conteste précisément la validité. On <em>fait</em> le contraire de ce que l&#8217;on <em>dit</em> : on se réclame de la raison dans la mesure où l&#8217;on donne des raisons, au moment même où, en paroles, on la déconstruit. » (p. 62)   Par suite, la déconstruction derridienne, en se voulant libérée de toute détermination, court droit à l&#8217;anarchie, c&#8217;est-à-dire « au règne du fortuit, de l&#8217;aléatoire » (p. 64).</p>
<p style="text-align: justify;">À la question : « faut-il déconstruire la métaphysique ? », la réponse est oui, car elle le fait depuis toujours : oui, cependant, à la manière de Plotin, Gilson, Heidegger ; non, à la façon de Derrida quand elle devient hyperbolique. Le discours apophatique ne peut avoir lieu que sur le plan du <em>logos</em>, horizon indépassable du sens et donc du sens de l&#8217;être. L&#8217;acquis définitif et décisif des déconstructions du XXe siècle consiste à ne pas réduire l&#8217;être à une essence ou à un sens univoque. C&#8217;est à la condition de viser par la négation un au-delà de la détermination, tout en demeurant dans le <em>logos</em>,  que la méta-physique retrouvera son esprit.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout lecteur du livre de Pierre Aubenque lui saura un gré infini d&#8217;avoir offert généreusement au public une si profonde leçon d&#8217;herméneutique. </p>
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		<title>Épervière de Kalm (Hieracium canadense)</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Jan 2010 23:54:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
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Marais Léon-Provancher (automne 2009)
Dans les guides d&#8217;identification consultés, on précise que les espèces du genre Hieracium sont si nombreuses, que même les botanistes avertis en perdent leur latin.  En me fiant à une photographie assez ressemblante trouvée dans le beau livre de Lise et Pierre Daigle, Les fleurs sauvages du Québec (Broquet, tome 2, p. 218), [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/Photo-001_edited-1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1047" title="épervière de kalm" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/Photo-001_edited-1-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a></em></p>
<p style="text-align: center;">Marais Léon-Provancher (automne 2009)</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les guides d&#8217;identification consultés, on précise que les espèces du genre <em>Hieracium</em> sont si nombreuses, que même les botanistes avertis en perdent leur latin.  En me fiant à une photographie assez ressemblante trouvée dans le beau livre de Lise et Pierre Daigle, <em>Les fleurs sauvages du Québec</em> (Broquet, tome 2, p. 218),  je crois bien qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une épervière de Kalm, mais rien n&#8217;est moins sûr. Dans la <em>Flore laurentienne</em>, ouvrage classique s&#8217;il en est, le frère Marie-Victorin apporte d&#8217;utiles précisions :<span id="more-1045"></span></p>
<p style="text-align: justify;">« Ce genre [<em>Hieracium</em>], l&#8217;un des plus critiques de la flore générale, paraît être, à notre époque géologique, en crise de mutabilité. En Europe, le polymorphisme du genre est excessif, probablement à cause de la parthénogénèse qui se produit très fréquemment, et, pour cette raison, il est difficile de préciser le nombre des espèces, qui, néanmoins, n&#8217;est pas inférieur à 400. Le genre a des représentants dans toutes les contrées du globe, mais c&#8217;est par excellence un genre européen, avec centre de dispersion dans les grandes Alpes. Il ne semble pas que nos espèces indigènes, ni les espèces européennes naturalisées dans la vallée du Saint-Laurent, &#8212; quelques-unes depuis longtemps , &#8212; soient affectées par cet ébranlement géologique qui détermine, dans certaines conditions de temps et d&#8217;espace, les crises de mutabilité. Ce cas est absolument l&#8217;inverse de ce qui se passe pour le genre Aubépine (<em>Crataegus</em>), lequel, stable en Europe, est biologiquement affolé en Amérique. [...] Le nom générique <em>Hieracium</em> signifie : épervier ; l&#8217;antiquité croyait que les éperviers se servaient des sucs de ces plantes pour guérir les yeux obscurcis [...]. »</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le dessin : pour s&#8217;éveiller à l&#8217;interprétation de la nature</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Dec 2009 22:14:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
				<category><![CDATA[les arts]]></category>
		<category><![CDATA[dessin]]></category>
		<category><![CDATA[Euan Uglow]]></category>
		<category><![CDATA[Juliette Aristides]]></category>
		<category><![CDATA[réalisme]]></category>

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Raphaël, Étude pour la Madonne d&#8217;Albe, début du XVIe siècle
L&#8217;artiste américaine, Juliette Aristides, présente dans L&#8217;Atelier de dessin : l&#8217;enseignement classique aujourd&#8217;hui (Paris, Oskar, 2008) les concepts à la base du courant actuel dans l&#8217;enseignement des arts qui cherche à promouvoir la maîtrise des techniques traditionnelles en étudiant les principes qui ont servi à la production des grands chefs-d&#8217;oeuvre du passé et aux travaux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.aadfi.it/notizie.htm"></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/aristides21.jpg"></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/raphael2.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1037" title="raphael2" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/raphael2-196x300.jpg" alt="" width="196" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Raphaël, <em>Étude pour la Madonne d&#8217;Albe</em>, début du XVIe siècle</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;artiste américaine, Juliette Aristides, présente dans <em>L&#8217;Atelier de dessin : l&#8217;enseignement classique aujourd&#8217;hui</em> (Paris, Oskar, 2008) les concepts à la base du courant actuel dans l&#8217;enseignement des arts qui cherche à promouvoir la maîtrise des techniques traditionnelles en étudiant les principes qui ont servi à la production des grands chefs-d&#8217;oeuvre du passé et aux travaux des meilleurs peintres réalistes actuels. Au lieu de se couper radicalement de la tradition, les artistes appartenant à cette école, appelée <em>atelier movement,</em> entendent redonner vie aux règles du métier de peintre, non pas dans le but passéiste de recopier servilement les grands maîtres, mais afin de se donner les moyens de rehausser leurs propres capacités d&#8217;expression. L&#8217;apprentissage en atelier s&#8217;avère cependant fort exigeant : 6 heures de travail par jour pendant quatre années. La première est consacrée au dessin, la suivante à la grisaille, c.-à-d. à la peinture monochrome ou en noir et blanc, la troisième et la quatrième aux couleurs. On peut voir des oeuvres de J. Aristides illustrant diverses étapes du cursus en cliquant i<a href="http://www.aristidesarts.com/">ci</a>. <span id="more-946"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Après de rapides considérations sur l&#8217;esthétique des Grecs et des Romains, sur l&#8217;émergence de la figure de l&#8217;artiste à la Renaissance, Aristides montre comment le travail des mains et de la réflexion en atelier s&#8217;inscrit dans une grande tradition de l&#8217;enseignement des arts qui a commencé avec la fondation à Florence de l&#8217;<em><a href="http://www.aadfi.it/notizie.htm">Accademia delle Arti del Designo</a></em>  en 1563 et qui loge aujourd&#8217;hui au <a href="http://it.wikipedia.org/wiki/Palazzo_dell'Arte_dei_Beccai">Palazzo dell&#8217;Arte dei Beccai</a>. En cherchant de manière délibérée à se démarquer de ce qui se fait aujourd&#8217;hui dans les écoles d&#8217;art et dans les universités, plusieurs ateliers contemporains veulent transmettre l&#8217;héritage du peintre acédamécien <a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/89/G%C3%A9r%C3%B4me_-_Summer_Afternoon_on_a_Lake.jpg">Jean-Léon Gérôme</a> qui a formé au XIXe siècle de nombreux peintres américains, dont <a href="http://images.google.com/imgres?imgurl=http://www.jacobsencollection.com/collection/CollectionImages/PaxtonWM.jpg&amp;imgrefurl=http://www.jacobsencollection.com/collection/p/PaxtomWM.html&amp;usg=__HvOhfP-EX8VgNOIuUG2dMTEco3c=&amp;h=692&amp;w=500&amp;sz=319&amp;hl=fr&amp;start=3&amp;um=1&amp;tbnid=xGxnLa2AaT5m_M:&amp;tbnh=139&amp;tbnw=100&amp;prev=/images%3Fq%3DWilliam%2BMcgregor%2BPaxton%26ndsp%3D18%26hl%3Dfr%26rls%3Dcom.microsoft:fr-ca%26sa%3DN%26um%3D1">William McGregor Paxton</a>. Revenu aux États-Unis, celui-ci fonda un atelier où <a href="http://www.gandynet.com/art/Masters/Richard_Lack/index.htm">Richard Lack </a>suivit son enseignement. Juliette Aristides a été à son tour l&#8217; élève de Lack.  </p>
<p style="text-align: justify;">À l&#8217;heure des installations et des entreprises démultipliées visant une déconstruction radicale de la représentation, bien des gens penseront sans doute que cet <em>atelier movement</em>  verse sinon dans la réaction, du moins dans la nostalgie, et qu&#8217;il ne mérite pas de figurer comme un des moments essentiels dans le devenir contemporain de l&#8217;art. Pour ma part, j&#8217;incline vers le contraire. Juliette Aristides montre à l&#8217;envi que la maîtrise de la composition, de la ligne, des valeurs et des formes, et elle consacre un chapitre à chacun de ces thèmes, constitue la voie royale qui mène à l&#8217;exhaussement du sens de la vision. C&#8217;est grâce à cette acuité du regard, à une observation profonde et rigoureuse que les peintres, en cherchant les formes, finissent par les découvrir dans le réel. Tel est du moins l&#8217;espoir qu&#8217;entretiennent les meilleurs artistes réalistes et ce projet n&#8217;a rien à voir avec une reproduction photographique des objets. Et pour apprendre la grammaire du dessin enseignée depuis la Renaissance, rien de plus formateur que de copier des toiles de grands maitres ; à un niveau plus élevé encore, le dessin d&#8217;après le plâtre donne les moyens de produire ensuite des académies d&#8217;après nature, base de l&#8217;éducation classique en arts pendant des siècles. Par ailleurs, le réalisme contemporain en peinture, qui dialogue avec la tradition, correspond à ce qu&#8217;il y a peut-être de plus avancé dans la philosophie d&#8217;aujourd&#8217;hui, je veux dire à ces efforts des penseurs qui cherchent à interpréter la nature (<em>phusis</em>) et qui, par un surmontement préservateur de la réduction du monde à des phénomènes, redécouvrent la forme (<em>eidos</em>) et son travail dans l&#8217;être. Pour avoir une idée de ce travail tel qu&#8217;à notre époque un grand peintre, maître des mesures et de la géométrie, l&#8217;a compris et l&#8217;a illustré, plongez-vous dans le magnifique ouvrage intitulé <em>Euan Uglow : The Complete Paintings, </em>catalogue raisonné établi par Catherine Lampert et Richard Kendall (Yale UP, 2007).</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/leonardo2.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-956" title="leonardo2" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/leonardo2-300x228.jpg" alt="" width="300" height="228" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Léonard de Vinci, <em>Études sur les proportions de la tête</em>, 1488-1489</p>
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		<title>Le tourment du prince des traducteurs</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Oct 2009 23:57:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les livres]]></category>
		<category><![CDATA[Bible]]></category>
		<category><![CDATA[Cicéron]]></category>
		<category><![CDATA[humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Saint Jérôme]]></category>
		<category><![CDATA[traduction]]></category>

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		<description><![CDATA[
Michelangelo Merisi da Caravaggio, San Gerolamo, Galleria Borghese, 1605-1606 
 
Saint Jérôme (Eusebius Sophronius Hieronymus Stridonensis, 340-420) a offert à l&#8217;humanité une traduction en latin de la Bible, à partir du grec et de l&#8217;hébreu. Il a consacré les 34 dernières années de sa vie à paufiner sa version du Nouveau Testament. Dans cette lettre, il raconte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/jerome.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-920" title="jerome" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/jerome-300x215.jpg" alt="jerome" width="300" height="215" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Michelangelo Merisi da Caravaggio, <em>San Gerolamo</em>, Galleria Borghese, 1605-1606 </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Saint Jérôme (Eusebius Sophronius Hieronymus Stridonensis, 340-420) a offert à l&#8217;humanité une traduction en latin de la <em>Bible</em>, à partir du grec et de l&#8217;hébreu. Il a consacré les 34 dernières années de sa vie à paufiner sa version du <em>Nouveau Testament</em>. Dans cette lettre, il raconte à un ami la vision qu&#8217;il a eue lors d&#8217;une grave maladie :</p>
<p style="text-align: justify;">« Il y a bien longtemps ! maison, père et mère, soeur, parenté et, ce qui est le plus difficile, habitude de la bonne chère, pour le Royaume des cieux je m&#8217;étais sevré de tout cela ; j&#8217;allais à Jérusalem militer pour le Christ. Mais de la bibliothèque qu&#8217;à Rome je m&#8217;étais composée avec beaucoup de soin et de peine, je n&#8217;avais pas pu me passer. Malheureux que j&#8217;étais ! <span id="more-919"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Vers le milieu du Carême, jusqu&#8217;au plus profond de mon être s&#8217;insinue la fièvre. Elle envahit mon corps épuisé, ne me laisse aucun repos et – détail à peine croyable – mes pauvres membres en sont tellement dévorés, que je ne tenais plus guère que par mes os. Cependant, on préparait mes obsèques, car la vie, le souffle, la chaleur – tout mon corps était déjà refroidi – ne palpitaient plus que dans un coin encore tiède de ma poitrine. Tout d&#8217;un coup, j&#8217;ai un ravissement spirituel. Voici le tribunal du Juge, on m&#8217;y traîne ! La lumière ambiante était si éblouissante que, du sol où je gisais, je n&#8217;osais pas lever les yeux en haut. On me demande ma condition. « Je suis chrétien », ai-je répondu. Mais celui qui siégait : « Tu mens, dit-il, c&#8217;est cicéronien que tu es, non pas chrétien ; où est ton trésor, là est ton coeur. »</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, j&#8217;ai lu les livres divins avec plus de soin que je n&#8217;avais lu jadis les livres des mortels. »</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Lettre à Eustochium</em>, trad. J. Labourt, dans <em>Correspondance</em>, t. I, Les Belles Lettres, 1949, p. 144-146.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;extrait de cette lettre est tiré du mensuel <em>Magnificat</em>, Septembre 2009, no 202, p. 407-408.</p>
<p style="text-align: justify;">À la Renaissance, le coeur des humanistes ne sera plus déchiré entre l&#8217;amour des belles lettres et l&#8217;idéal de la vie évangélique. Rabelais, sa vie et son oeuvre, témoigne éloquemment de la possibilité d&#8217;une réconciliation heureuse de l&#8217;esprit avec lui-même. Prochainement un billet sur cet écrivain peu lu et qui pourtant se situe au sommet de la littérature française.</p>
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		<title>Aster</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Sep 2009 00:30:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
				<category><![CDATA[les fleurs]]></category>
		<category><![CDATA[aster]]></category>
		<category><![CDATA[fleurs sauvages]]></category>

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		<description><![CDATA[
Marais Léon-Provancher (été 2009)
Le beau mois de septembre que nous connaissons permet de faire d&#8217;agréables randonnées dans la nature et de découvrir des fleurs sauvages splendides. Il pourrait s&#8217;agir ici de l&#8217;aster ponceau (Aster puniceus), mais je n&#8217;en suis pas certain. « On trouve des asters dans divers habitats selon l&#8217;espèce : prairies, rivages, tourbières, différents types de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/ASTER1_edited-1.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-908" title="ASTER1_edited-1" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/ASTER1_edited-1-300x283.jpg" alt="ASTER1_edited-1" width="300" height="283" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Marais Léon-Provancher (été 2009)</p>
<p style="text-align: justify;">Le beau mois de septembre que nous connaissons permet de faire d&#8217;agréables randonnées dans la nature et de découvrir des fleurs sauvages splendides. Il pourrait s&#8217;agir ici de l&#8217;aster ponceau (<em>Aster puniceus</em>), mais je n&#8217;en suis pas certain. « On trouve des asters dans divers habitats selon l&#8217;espèce : prairies, rivages, tourbières, différents types de forêts, etc. Certains sont confinés à quelques localités bien précises [...] ; d&#8217;autres, comme l&#8217;aster ponceau (<em>A. puniceus</em>), sont très fréquents et se retrouvent jusqu&#8217;à la toundra. [...] L&#8217;est de l&#8217;Amérique du Nord constitue le lieu de prédilection dees asters et vraisemblablement leur berceau : ils y sont beaux, abondants et diversifiés. » <em>Plantes sauvages des villes et des champs</em> (Fleurbec). </p>
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		<title>Plaidoyer en faveur de la haute culture littéraire</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Sep 2009 23:25:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les livres]]></category>
		<category><![CDATA[les idées]]></category>
		<category><![CDATA[humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[le songe ou la vie de Lucien]]></category>
		<category><![CDATA[lucien de samosate]]></category>
		<category><![CDATA[paideia]]></category>
		<category><![CDATA[rhétorique]]></category>
		<category><![CDATA[sculpture]]></category>

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		<description><![CDATA[Lucien de Samosate
Le Songe (ou la vie de Lucien)
(Peri tou enupniou êtoi bios Loukianou)

Dès le moment où je cessai de suivre les classes, une fois parvenu à l’adolescence, mon père examina avec ses amis ce qu’il pourrait bien me faire apprendre. À l’égard de la haute culture littéraire, la plupart d’entre eux estimaient qu’il fallait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;">Lucien de Samosate</h1>
<h1 style="text-align: center;">Le Songe (ou la vie de Lucien)</h1>
<h2 style="text-align: center;">(Peri tou enupniou êtoi bios Loukianou)</h2>
<ol>
<li style="text-align: justify;">Dès le moment où je cessai de suivre les classes, une fois parvenu à l’adolescence, mon père examina avec ses amis ce qu’il pourrait bien me faire apprendre. À l’égard de la haute culture littéraire, la plupart d’entre eux estimaient qu’il fallait y consacrer beaucoup de temps, y consentir de nombreux efforts, y engager d’énormes dépenses et jouir d’une brillante situation sociale. Mais, selon eux, notre condition plutôt modeste exigeait de ma part une assistance financière assez rapide. Si j’apprenais un métier d’artisan, je pourrais recevoir sur-le-champ les rudiments d’un savoir-faire ; n’étant plus alors à la charge de mes parents, je pourrais très bientôt mettre mon père en joie, en ramenant régulièrement mes gains à la maison.</li>
<li style="text-align: justify;">Ils entamèrent ensuite une seconde série de réflexions : quel est, parmi les métiers, le meilleur et le plus facile à apprendre ? celui qui convient à un homme libre, qui ne requiert pas des outils très spécialisés et qui fournit des revenus suffisants ? Après que chacun eût glorifié, selon ses connaissances et son expérience, tel ou tel gagne-pain, mon père tourna les yeux vers mon oncle maternel, excellent statuaire de réputation, tailleur de pierres fort estimé. Il lui dit : « Toi ici présent, il n’est guère juste qu’un autre métier que le tien l’emporte ; mais voyons – en me montrant du doigt – prends-le en charge, fais de lui un habile ouvrier, montre-lui à bien dégrossir les pierres, à bien les ajuster et à bien les sculpter ; comme tu le sais déjà, il est doué d’un naturel adroit. » Mon père fondait son opinion sur mes babioles de cire. Chaque fois que j’étais laissé à moi-même par mes maîtres d’école, je raclais de la cire, je façonnais sans arrêt des bœufs, des chevaux et même, par Zeus, des formes humaines et cela, de manière tout à fait convaincante, selon l’opinion de mon père. À cause de ces amusettes, je recevais alors des coups administrés par mes maîtres et, aujourd’hui, elles me valent des louanges, car je possède un don de nature. Aussi mon père et ses amis, en se basant sur mes modelages, entretenaient de grands espoirs que j’apprenne le métier en peu de temps.<span id="more-836"></span></li>
<li style="TEXT-ALIGN: justify">Dès qu’une journée sembla offrir d’heureux auspices pour commencer l’apprentissage d’un métier, je me confiai au dieu, non certes, par Zeus, que j’étais fort accablé par cette affaire, mais je pensais que cet apprentissage représenterait pour moi un petit jeu fort amusant ; de plus, j’aurais l’occasion de me distinguer devant mes camarades, si je pouvais par moi-même rendre visibles des dieux en façonnant et en sculptant quelques statuettes destinées à mes amis préférés. Arriva alors cette première étape bien connue des débutants : après m’avoir donné un ciseau de sculpteur, mon oncle me demanda – tout en répétant l’adage : « ouvrage commencé est à moitié fait » – de donner un petit coup sur la tablette de pierre posée entre nous deux. Mais, par inexpérience, j’avais appliqué le ciseau trop durement, et la tablette se brisa. Mon oncle s’emporta et, prenant un gros bâton placé tout près, il m’initia certes, mais non pas à la douce et par des encouragements ; aussi ces premiers pas dans le métier furent pour moi remplis de larmes.</li>
<li style="TEXT-ALIGN: justify">Je m’enfuis de là, arrive à la maison secoué de sanglots, mes yeux se remplissent de larmes ; je raconte l’histoire du bâton, montre les marques de coups, dénonce une combien grande cruauté, et j’ajoute que c’est mon oncle qui a fait tout cela par malveillance, car je ne le dépassais pas encore dans son métier ! Indignée, ma mère s’en va accabler son frère de reproches. Quand la nuit survint, je m’endormis les yeux encore baignés de larmes et je pensais aux marques de coups.</li>
<li>
<div style="TEXT-ALIGN: justify">Tous les faits jusqu’ici racontés ne sont que risibles fredaines de jeunesse. Il arriva ensuite des choses dont on ne peut tout simplement faire fi. Allons citoyens, écoutez de toutes vos oreilles un récit qui réclame des auditeurs très cultivés et très attentifs. Afin que mes révélations ne restent pas inférieures à la vérité, je dis à la façon d’Homère : <em>par une nuit/parfumée d’ambroisie/survint dans mon sommeil/un songe divin</em>. Chose certaine, longtemps après ce rêve, les formes apparues demeurèrent en mon esprit et les voix entendues sonnèrent dans mes oreilles. Vraiment, tout resta parfaitement clair.</div>
</li>
<li>
<div style="text-align: justify;">Me prenant par les mains, deux femmes me tiraient chacune vers elle de la manière la plus violente ; à rivaliser ainsi, il s’en fallut de peu que je ne sois mis en pièces ; tantôt l’une l’emportait et venait près de me saisir tout entier,  tantôt c’était l’autre qui s’emparait de moi. La première criait à sa rivale : « Tu cherches à le retenir comme s’il était ta propriété exclusive », et la deuxième répliquait : « Tu fais valoir en vain tes droits sur le bien d’autrui ». L’une, industrieuse, avait une figure mâle, les cheveux en bataille, les deux mains pleines de durillons et attachait par une ceinture son vêtement de travail ; elle était couverte entièrement de poussière tout comme mon oncle chaque fois qu’il polissait le marbre.  L’autre, de belle apparence, avait un très beau visage et un noble maintien. À la fin, elles me permirent de juger par moi-même laquelle des deux je choisissais pour entretenir des relations de disciple à maître. La première, la virile à peau rude, prit la parole :</div>
</li>
<li>
<div style="text-align: justify;">« Cher enfant, je suis moi la Sculpture, métier que tu as commencé à apprendre hier et je fais partie de ta famille du côté maternel. Ton grand-père – elle prononça le nom de mon aïeul maternel – était tailleur de pierres et tous deux, lui et ton oncle, ont été honorés grâce à moi. Si tu choisissais de rester sourd à son insignifiant bavardage – elle indiqua du doigt sa rivale – si tu voulais me suivre et vivre en ma compagnie, tu serais d’abord très bien nourri, tu roulerais de puissantes épaules et tu n’envierais personne. Ensuite, jamais tu ne t’en iras dans des pays étrangers, abandonnant ta patrie et les tiens ; tous te combleront de louanges, et ce, non pas pour des discours. »</div>
</li>
<li style="text-align: justify;">« Ne prends pas en horreur la vulgarité de mon apparence corporelle et la saleté de mes vêtements. Travaillant dans les mêmes conditions, le célèbre Phidias représenta Zeus dans toute sa gloire, Polyclète sculpta la fameuse statue d’Héra, Myron fut couvert d’éloges et Praxitèle provoqua l’étonnement. Ce qu’il y a de sûr, c’est bien qu’ils sont des hommes adorés à l’égal des dieux. Ne souhaites-tu pas devenir comme eux ? Comme tu serais universellement célèbre ! Ton père deviendrait digne d’envie et tu rendrais ta patrie illustre. »<br />
L’Art de la Statuaire prononça ces mots, mais elle en balbutia beaucoup d’autres tout en faisant de très nombreux barbarismes de mot et de phrase. Mais je ne me souviens plus très bien de ce qu’elle a dit, le gros de son discours s’est enfui de ma mémoire. Quand enfin elle cessa de parler, sa concurrente commença ainsi :</li>
<li style="text-align: justify;">« Cher enfant, je suis moi la Rhétorique, j’ai déjà établi avec toi des relations suivies, même si tu n’as pas encore acquis auprès de moi un vrai savoir d’expérience. Si tu deviens tailleur de pierres, tu te procureras de grands biens, cette femme le prédit. Avec tout le respect que je te dois, tu ne seras en fait qu’un travailleur manuel crevant de fatigue musculaire. Après avoir placé tes espoirs d’une bonne vie dans ce métier, tu resteras un inconnu recevant un salaire modique et vil, ton manque de jugement te fera rougir d’humiliation ; sans escorte en public, incapable de secourir tes amis qui comparaissent devant les tribunaux, incapable d’épouvanter tes ennemis, incapable d’exciter la jalousie ; en réalité, tu ne seras rien d’autre qu’un ouvrier, un quidam fondu dans la foule ; tu trembleras devant plus puissant que toi, tu ménageras ceux qui possèdent le pouvoir de la parole ; toi le don d’Hermès à l’humanité, tu vivras la vie misérable du lièvre, la proie du plus fort. Même si tu devenais un Phidias ou un Polyclète, si tu produisais nombre d’œuvres admirables, aucun spectateur ayant toute sa tête ne louerait ton art, ne souhaiterait devenir comme toi. Si habile que tu sois, on te tiendra pour un ouvrier, un manœuvre, un salarié. »</li>
<li style="text-align: justify;">« Si tu m’obéis, tu obtiendras d’abord de ma part des explications sur beaucoup d’œuvres des Anciens, et ensuite je te révélerai le caractère merveilleux de leurs actions et de leurs discours. Tu paraîtras, d’une certaine manière, habile en toutes choses. Pour ce qui concerne ton âme,  la partie de toi-même qui a l’autorité suprême, elle brillera par de riches et exquises parures : prudence, justice, piété, douceur, bonté, compréhension, fermeté, amour du beau, élan qui porte vers le majestueux. Voilà en quoi consiste le vrai, le pur ordonnancement de l’âme. Grâce à moi, rien ne t’échappera du passé et du présent, tu pourras aussi prévoir l’avenir. Pour conclure, tu recevras rapidement un enseignement sur tout ce qui touche aux réalités divines et humaines. »</li>
<li style="text-align: justify;">« Aujourd’hui, toi qui es pauvre, d’humble origine, tu songes encore à un métier si commun ;  mais, très bientôt, tu pourrais être jalousé, craint, louangé, célèbre pour tes excellences, admiré par les plus puissants que toi par l’ascendance et la fortune. » Puis, en montrant le vêtement tout à fait magnifique qu’elle portait d’habitude, elle ajouta : « Tu seras vêtu de la même façon, jugé digne d’exercer une magistrature et d’avoir les meilleures places aux jeux et au théâtre. Et s’il t’arrivait d’aller au loin, même en terre étrangère, tu ne serais rien moins qu’un parfait inconnu. Je te donnerai des marques de reconnaissance telles que chaque spectateur, touchant son voisin, te désignera et dira :  c’est lui l’homme dont on parle !  »</li>
<li style="text-align: justify;">« Si tu prenais en main une affaire délicate, tes amis et tous les citoyens fort surpris jetteraient les yeux sur toi avec respect. Si, par hasard, tu t’adressais à la foule, elle en resterait bouche bée ; l’auditoire serait ébloui, il s’émerveillerait de tes discours percutants ; les gens estimeraient ton père heureux de jouir d’une telle destinée. On raconte que, parmi les hommes, certains, à ce qu’il semble, s’assurent l’immortalité. Eh bien ! c’est moi qui t’en fournirai l’occasion. Car, même si tu quittais la vie, jamais tu ne cesserais de fréquenter les hommes cultivés et d’être en relation avec les meilleurs. Regarde ce fameux Démosthène, regarde de quel père il était le fils et le grand homme que j’en ai fait. Regarde Eschine, fils d’une joueuse de tambourin, sur lequel Philippe étendit sa sollicitude à cause de moi. Socrate, lui aussi, élevé sous la tutelle de cette vile Sculpture, aussitôt qu’il comprît où logeait son avantage, s’évada et de lui-même passa dans mon camp. Son nom est sur toutes les lèvres, écoute ! »</li>
<li style="text-align: justify;">« Si, au contraire, tu repousses ces Anciens d’une telle stature, s’en iront : actions d’éclat, discours inspirés, nobles figures de style, honneur, réputation, louange, préséance, influence, magistratures, renommée littéraire, bonheur de passer pour un génie. Tu revêtiras une petite tunique crasseuse, tu auras l’air d’un esclave. Tes mains ne serviront qu’à tenir barres, burins, ciseaux et marteaux. Au travail, toujours le front bas, humilié de mille manières, ravalé, rampant, tu ne relèveras jamais la tête, tu ne seras jamais fonceur, autonome, imaginatif. Tout au contraire, un autre que toi décidera comment produire des œuvres harmonieuses, gracieuses ; avec très peu de considération, tu seras discipliné et soumis à une monotone cadence de production ; bref, on aura pour toi plus de mépris que pour les pierres elles-mêmes ! »</li>
<li>Alors que la Rhétorique parlait encore, je me levai et, sans attendre la fin de son discours, fis connaître mon choix en laissant derrière moi la Sculpture, vile femme hideuse et besogneuse, pour aller tout joyeux vers sa rivale. Revinrent surtout en mon esprit les coups de bâton et le fait que ce soit elle, la Sculpture, qui dès mes premiers pas m’en avait appliqué plusieurs. Comme je l’abandonnais, elle s’irrita, battit des mains en signe de douleur, grinça des dents. Enfin, elle se raidit et, tout comme Niobé, se transforma en pierre. Mais, ne croyez pas qu’elle ait subi un sort si invraisemblable. Les rêves donnent à toutes choses un tour merveilleux. </li>
<li style="text-align: justify;">La Rhétorique alors me regarda et dit : « Eh bien ! ton sens de l’équité, ta louable et sage décision seront par moi récompensés. » Ensuite, son doigt indiqua un char attelé de divers chevaux ailés semblables à Pégase, et déclara : « Prends donc conscience du nombre de choses que tu allais ignorer, si tu ne m’avais pas suivie. » Une fois montés dans le char, elle fit avancer l’attelage en tenant les rênes. Élevé à bonne hauteur, je passai en revue, du levant au ponant, cités, peuples, nations, tout comme Triptolème quand il jeta ses semences sur la surface de la terre. Cependant, je ne me souviens plus très bien de quelle manière furent répandues mes semences, sauf que, tout en bas, les hommes éblouis, au-dessus desquels je planais comme un oiseau, m’adressaient des éloges et formaient une escorte d’honneur.</li>
<li style="text-align: justify;">Après qu’elle eût montré ces grandes merveilles, telles que je les ai décrites, à moi-même et à ceux qui chantaient mes louanges, la Rhétorique me ramena sur terre, non pas affublé de mes vieux habits – ils s’étaient envolés –, mais revêtu d’une belle robe bordée de pourpre : j’avais l’air d’un homme important.  Mon père se tenait debout tout près, il attendait patiemment : je fis étalage de mon vêtement, signe de la situation à laquelle j’étais parvenu ; mais peu s’en fallut qu’il ne se rappelle du métier qu’il avait en tête pour moi… Même si je n’étais alors qu’un enfant, je garde un vif souvenir de tout ce que j’ai vu : la crainte des coups de bâton me troublait profondément.</li>
<li style="text-align: justify;">« Pendant ce temps, au beau milieu de mon discours, quelqu’un cria : « Héraclès, ton grand rêve ressemble à un long, fastidieux, prolixe plaidoyer ! » Puis un autre m’interpella et lança : « Mais, c’est aussi long qu’un songe de nuit d’hiver, comme celui, peut-être, qui en a duré trois, ô Héraclès !!! Quelle idée t’a pris de nous débiter ces sottises, de remémorer ces enfantillages nocturnes, ces vieux rêves envolés ? Ce ne sont que froides plaisanteries éventées. Nous prends-tu pour des interprètes des songes ? » Lucien répliqua : « Non pas, mon bon, car Xénophon, lorsqu’il raconta son rêve, dans lequel la maison de son père se consumait dans les flammes – vous connaissez la suite –,  eh bien ! sachez que lui non plus ne pensait pas débiter des sornettes et qu’il décrivit sa vision sans en avancer une interprétation minutieuse, bien qu’il fût plongé dans une guerre, entouré d’ennemis, placé dans une situation désespérée. Or, la narration de son rêve fut en quelque façon profitable. »</li>
<li style="text-align: justify;">Le récit du songe plus haut veut inciter les jeunes gens à se tourner vers le bien et à s’attacher à la rhétorique ; s’il s’en trouve parmi eux qui, à cause de leur pauvreté, prennent une très mauvaise décision et choisissent un vil métier,  ils gâteront la partie noble de leur nature. Mais, je le sais fort bien, s’il y en a un qui a écouté mon récit, il reprendra courage, car il suffit qu’il me prenne pour modèle. Après avoir réfléchi, qu’il se demande s’il est homme à s’élancer vers le beau absolu, à s’attacher aux lettres ; il ne craindra plus alors la pauvreté, puisqu’il reviendra parmi vous en jetant un éclat pareil au mien. Dans tous les cas, il ne vivra pas plus ignoré que la plupart des sculpteurs.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">N.B. Pour le texte grec, j&#8217;ai suivi celui établi par Neil Hopkinson dans <em>Lucian. A Selection</em>, Cambridge Greek and Latin Classics, Cambridge UP, 2008. Pour la division des paragraphes, je me suis conformé à celle proposée par A. Miclotte et C. Daubresse dans <em>Le Songe de Lucien</em>, Liège, Dessain, 1940.  C&#8217;est grâce aux commentaires grammaticaux que l&#8217;on trouve dans ces deux ouvrages que j&#8217;ai pu traduire le texte de Lucien et non pas seulement le déchiffrer.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
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		<title>L&#8217;amour du beau dans la nature</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Aug 2009 23:04:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
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Sagittaire latifoliée
 
On peut aimer les fleurs en botaniste, on peut les aimer tout simplement parce qu&#8217;elles sont belles. De tout temps, poètes et philosophes ont admiré le monde et ses merveilles. Amour de la nature, poésie, philosophie, c&#8217;est tout un : le spectacle du beau engendre dans la partie noble de l&#8217;âme – celle qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/sagittaire_engelmann.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-816" title="sagittaire_engelmann" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/sagittaire_engelmann-300x244.jpg" alt="sagittaire_engelmann" width="300" height="244" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Sagittaire latifoliée</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">On peut aimer les fleurs en botaniste, on peut les aimer tout simplement parce qu&#8217;elles sont belles. De tout temps, poètes et philosophes ont admiré le monde et ses merveilles. Amour de la nature, poésie, philosophie, c&#8217;est tout un : le spectacle du beau engendre dans la partie noble de l&#8217;âme – celle qui se meut dans le discours – un intense désir de se replacer dans l&#8217;élan créateur de la nature. Ceux qui ont fait cette expérience reconnaîtront la vérité du mot de Diotime : « S&#8217;il est un temps de la vie entre tous où il vaille la peine de vivre, c&#8217;est bien celui où l&#8217;on commence à entrevoir la Beauté en soi. » (<em>Le Banquet</em>, 211d)</p>
<p style="text-align: left;">Pour Platon, c&#8217;est l&#8217;amour qui exhausse l&#8217;âme. Mais, il est difficile d&#8217;aimer.</p>
<p style="text-align: left;"><span id="more-815"></span></p>
<p><strong>Huictain</strong></p>
<p>   Plus ne suis ce que j&#8217;ay esté<br />
Et ne le sçaurois jamais estre.<br />
Mon beau printemps et mon esté,<br />
Ont faict le sault par la fenestre.<br />
Amour, tu as esté mon maistre,<br />
Je t&#8217;ay servy sur tous les Dieux.<br />
Ô, si je povois deux fois naistre,<br />
Comment je te serviroys mieulx !</p>
<p>Clément Marot</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Érigéron de Philadelphie (erigeron philadelphicus)</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Aug 2009 22:17:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
				<category><![CDATA[les fleurs]]></category>
		<category><![CDATA[érigéron de Philadelphie]]></category>
		<category><![CDATA[erigeron philadelphicus]]></category>
		<category><![CDATA[fleurs sauvages]]></category>
		<category><![CDATA[vergerette rose]]></category>
		<category><![CDATA[vergerolle à fleurs purpurines]]></category>

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Parc de la rivière Batiscan (été 2008)
 
« Il existe environ deux cents espèces d&#8217;érigéron dans le monde. Les premières seraient apparues en Amérique du Nord et elles auraient envahi les autres continents en suivant les déplacements de l&#8217;homme et le défrichage. Les érigérons, qu&#8217;on nomme aussi vergerettes, ressemblent beaucoup aux asters. On les reconnaît à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/erigeron_philadel3.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-805" title="erigeron_philadel3" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/erigeron_philadel3-300x238.jpg" alt="erigeron_philadel3" width="300" height="238" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Parc de la rivière Batiscan (été 2008)</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">« Il existe environ deux cents espèces d&#8217;érigéron dans le monde. Les premières seraient apparues en Amérique du Nord et elles auraient envahi les autres continents en suivant les déplacements de l&#8217;homme et le défrichage. Les érigérons, qu&#8217;on nomme aussi vergerettes, ressemblent beaucoup aux asters. On les reconnaît à leurs capitules au centre toujours jaune et aux rayons plus fins et plus nombreux. L&#8217;érigéron de Philadelphie fleurit au printemps [<em>ear</em> en grec et <em>gerôn</em>, veillard]. Il est facile à distinguer grâce à ses capitules comprenant de cent à cent cinquante rayons roses ou pourpres et à ses feuilles dont la base embrasse la tige. » Estelle Lacoursière et Julie Therrien, <em>Fleurs sauvages du Québec</em>.</p>
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		<title>Chicorée sauvage (Cichorium intybus)</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Aug 2009 22:39:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gbeliveau</dc:creator>
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		<category><![CDATA[barbe de capucin]]></category>
		<category><![CDATA[bouquets bleus]]></category>
		<category><![CDATA[chicorée sauvge]]></category>
		<category><![CDATA[cichorium intybus]]></category>
		<category><![CDATA[endive sauvage]]></category>
		<category><![CDATA[fleurs sauvages]]></category>

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Parc de la rivière Batiscan (été 2008)
 
Dans le guide Plantes sauvages des villes et des champs (Fleurbec), on trouve une note très intéressante : « Le mot grec entubon dériverait de Hendibah, localité de l&#8217;Asie mineure d&#8217;où la plante est originaire, ou de tubus : tube, allusion à la tige creuse. La chicorée sauvage est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/chicoree_sauvage.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-794" title="chicoree_sauvage" src="http://gb.philo.cegeptr.qc.ca/wp-content/images/chicoree_sauvage-300x222.jpg" alt="chicoree_sauvage" width="300" height="222" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Parc de la rivière Batiscan (été 2008)</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: left;">Dans le guide <em>Plantes sauvages des villes et des champs</em> (Fleurbec), on trouve une note très intéressante : « Le mot grec <em>entubon</em> dériverait de Hendibah, localité de l&#8217;Asie mineure d&#8217;où la plante est originaire, ou de <em>tubus</em> : tube, allusion à la tige creuse. La chicorée sauvage est une plante horloge dont les fleurs s&#8217;ouvrent et se ferment chaque jour, sauf par temps couvert. Les fleurs ne conservent leur couleur bleue que peu de temps : une enzyme détruit la matière colorante et, en quelques heures, elles passent au rose, au blanc puis au brun. Elle est utilisée comme plante potagère depuis les Égyptiens (4 000 av. J.-C.). Les feuilles donnent un colorant bleu et la racine une teinture rosée pour le bois. Les apothicaires craignaient d&#8217;entreposer une grande quantité de chicorée sauvage en poudre parce qu&#8217;elle s&#8217;enflamme spontanément. Elle symbolise la frugalité. »</p>
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